Monde en transformation

IA au travail : ni panique ni naïveté, garde la main

L'IA générative touche davantage les emplois occupés par des femmes, en particulier les métiers administratifs. Ce n'est pas une raison de paniquer, ni de fermer les yeux. Voici ce que disent vraiment les études de l'OIT, et comment reprendre la main sur ton propre travail.


IA au travail : ni panique ni naïveté, garde la main

Lundi matin. Ta collègue te montre, un peu fière, le compte rendu de réunion qu’un assistant d’IA vient de rédiger en trente secondes. Propre, structuré, presque mieux que le tien. Tu souris. Puis, dans la voiture du retour, une question te travaille : et moi, dans tout ça, qu’est-ce qui me restera ?

Cette question mérite mieux que l’angoisse ou le haussement d’épaules. Elle mérite qu’on regarde les faits.

Ce que disent les études de l’OIT

L’Organisation internationale du travail (OIT) a publié le 20 mai 2025 un document de travail intitulé « Generative AI and Jobs: A Refined Global Index of Occupational Exposure ». Ses auteurs ont fait évaluer, tâche par tâche, à quel point chaque activité professionnelle peut être prise en charge par l’IA générative.

Premier enseignement : environ un quart des emplois dans le monde sont exposés, à un degré ou à un autre. Dans les pays à revenu élevé, la proportion monte à 34 %. La Suisse et la France font partie de ces pays.

Deuxième enseignement, moins connu : seule une petite partie de l’emploi, 3,3 % au niveau mondial, se trouve dans la catégorie d’exposition la plus élevée. C’est là que l’IA pourrait prendre en charge l’essentiel des tâches d’un métier.

Pourquoi les femmes sont plus exposées

C’est ici que le sujet nous concerne directement. Dans cette catégorie la plus exposée, on trouve 4,7 % de l’emploi des femmes, contre 2,4 % de celui des hommes. Dans les pays à revenu élevé, l’écart se creuse : 9,6 % de l’emploi féminin, contre 3,5 % de l’emploi masculin.

La raison n’a rien de mystérieux. Les métiers administratifs, secrétariat, saisie, gestion de dossiers, comptabilité courante, sont ceux qui présentent l’exposition la plus forte selon l’OIT. Et ce sont des métiers majoritairement tenus par des femmes. Dès 2023, une première étude de l’OIT soulignait déjà que l’impact serait plus marqué chez les femmes, justement à cause de leur concentration dans ces fonctions.

Autrement dit, ce n’est pas que l’IA « vise » les femmes. C’est que nos parcours nous ont souvent placées sur les tâches les plus faciles à automatiser.

Ce qui change vraiment

Avant de paniquer, lis la nuance. L’OIT ne prédit pas une disparition massive des emplois. Elle rappelle que la plupart des métiers comportent des tâches qui exigent une intervention humaine. Sa conclusion tient en une phrase : la « transformation des emplois est l’impact le plus probable ».

Ce qui change, c’est donc le contenu de ton travail, plus que son existence. Certaines tâches vont fondre : le premier jet d’un courrier, la synthèse d’un long document, la mise en forme d’un tableau. D’autres vont prendre de la valeur : vérifier, arbitrer, expliquer, convaincre, décider.

Le Forum économique mondial, dans son rapport sur l’avenir de l’emploi publié en janvier 2025, va dans le même sens. Les employeurs interrogés estiment qu’environ 39 % des compétences actuelles seront transformées ou dépassées d’ici 2030. Et la compétence qu’ils jugent la plus essentielle n’est pas technique : c’est la pensée analytique, citée par environ sept entreprises sur dix.

Le message est clair. L’IA produit vite. Mais quelqu’un doit savoir si ce qu’elle produit est juste.

Le piège de la naïveté

Il existe une autre erreur, plus discrète que la panique : tout déléguer à l’outil sans réfléchir.

Un texte bien tourné n’est pas un texte vrai. Une synthèse rapide peut oublier l’élément qui comptait. Un mail rédigé par l’IA peut être poli et complètement à côté de la relation que tu as construite avec ce client.

Le discernement ne se délègue pas. « Examinez toutes choses ; retenez ce qui est bon », écrit l’apôtre Paul (1 Thessaloniciens 5.21). C’est une très bonne règle pour travailler avec une IA.

Étape 1 : cartographier tes propres tâches

Plutôt que de te demander si ton métier va disparaître, regarde ta semaine. Prends une heure et liste tout ce que tu fais, puis classe chaque tâche en trois colonnes :

  • Ce que l’IA peut déjà faire à ta place : premiers jets, résumés, recherches simples, reformulations, tableaux.
  • Ce qu’elle peut t’aider à faire mieux : préparer une réunion, analyser des données, structurer une proposition.
  • Ce qui ne dépend que de toi : le jugement, la négociation, l’accompagnement d’une équipe, la confiance d’un client, la décision finale.

Si la première colonne est la plus remplie, ce n’est pas une condamnation. C’est une information. Elle te dit où investir ton temps dans les mois qui viennent.

Étape 2 : te former, sans attendre qu’on te forme

Le même rapport du Forum économique mondial indique que 85 % des employeurs interrogés prévoient de faire de la montée en compétences une priorité. Tant mieux. Mais n’attends pas que le plan de formation arrive jusqu’à toi.

  • Pratique un peu chaque semaine : utilise un outil d’IA sur une vraie tâche, et compare avec ce que tu aurais fait seule.
  • Apprends les limites autant que les fonctions : erreurs, inventions, confidentialité des données que tu y déposes.
  • Demande clairement une formation à ton employeur, en expliquant ce qu’elle apportera à ton poste.

Si tu es entrepreneure, c’est encore plus vrai. Personne ne viendra te former. Réserve-toi un créneau fixe, comme un rendez-vous client.

Étape 3 : garder la main sur le jugement et la relation

C’est ta vraie zone de valeur. Fais en sorte qu’elle se voie.

  • Relis tout ce que l’IA produit avant de le signer de ton nom. Ta signature engage ta crédibilité, pas celle de l’outil.
  • Garde les conversations importantes en direct : un recadrage, une négociation, une mauvaise nouvelle ne s’envoient pas par un texte généré.
  • Rends visible ce que tu ajoutes : l’erreur que tu as repérée, l’arbitrage que tu as fait, le client que tu as rassuré.

Si ton poste est très administratif, ces compétences sont aussi ta passerelle. La personne qui connaît les dossiers, les procédures et les gens est souvent la mieux placée pour piloter l’outil plutôt que de le subir.

Étape 4 : choisir, plutôt que subir

L’IA va transformer ton environnement de travail, que tu le veuilles ou non. Ce qui reste entre tes mains, c’est la manière dont tu traverses ce changement.

Tu peux décider des tâches que tu veux confier à la machine, et de celles que tu veux garder parce qu’elles te font grandir. Tu peux décider de te former maintenant, plutôt que dans l’urgence. Tu peux décider d’en parler avec ton manager avant qu’on décide à ta place.

Rester maîtresse de tes choix, ce n’est pas refuser le progrès. C’est refuser qu’il se fasse sans toi.

Ce que tu emportes

L’IA générative ne va pas effacer les femmes du monde du travail. Mais elle touche plus fortement les tâches que beaucoup d’entre nous occupent encore. L’ignorer serait naïf. S’en effrayer serait inutile.

Cartographie ton travail. Forme-toi un peu chaque semaine. Garde la main sur ce qui fait ta valeur : ton jugement et tes relations. L’outil peut aller vite. C’est toi qui sais où aller.

Sources : OIT, Working Paper 140, « Generative AI and Jobs: A Refined Global Index of Occupational Exposure », mai 2025 ; OIT, Working Paper 96, « Generative AI and Jobs: A global analysis of potential effects on job quantity and quality », août 2023 ; Forum économique mondial, « The Future of Jobs Report 2025 », janvier 2025.

← Monde en transformationRetour à l’accueil

La newsletter OseVivre

Entre dans ta nouvelle saison.

Chaque semaine, un rendez-vous pour mieux vivre, mieux décider et mieux grandir. Habite ton autorité, déploie ton impact, vis ta mission.

Pas de spam. Juste l’essentiel. Désinscription en un clic.